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10月31日 "Le Parfum", de Patrick SÜSKIND.Au XVIIIème siècle vécu Jean Baptiste Grenouille. La truffe en avant et l'humanité en rideau, il parcourut la France du Nord au Sud, de Paris à Grasse, poussé par un organe olfactif surdimensionné qui en fit un X-Men avant l'heure.
Oui, Grenouille aurait pu être un héros de la Marvel, Reniflex ou Narinator, tant son don était grand et absolu. Ce sens surpassant les quatre autres, Jean Baptiste Grenouille est principalement un psychopate patenté, légèrement malheureux et un chouia névrosé.
Pour bien comprendre sa trajectoire, il faut tout d'abord définir un principe simple mais fatal, aussi inévitable que le sont les odeurs (l'une des seules choses à laquelle l'être vivant ne peut se soustraire), la mort suit le sillage de Jean Baptiste qui en devient l'archange, établissant du même coup le fait que celle ci n'a pas d'odeur. On ne peut la sentir, on ne peut la percevoir, et pourtant elle est là, dérangeante parce que différente, amputée de son âme.
Ainsi la vie de Grenouille commencera au prix de la vie de sa mère, marchande de poisson contrainte d'accoucher sous son étal d'un enfant qu'elle croit, comme tous les autres, mort né. Un cri du nourrisson et la voilà accusée d'infanticide et pendue en place de Grèves.
Cet évènement fondateur, qui fait de surcroit débarquer Grenouille dans l'endroit le plus odorant de Paris, entre marché et cimetière, définit toute la vie de la créature. Chaque personne qu'il rencontre lui apporte une chose, consciemment ou non, qui permet à Jean Baptiste de forger son funeste et meurtrier destin. Et de l'avoir ainsi aidé à devenir le monstre, cette personne mourra, aussi férocement et brutalement que son aide aura été majeure pour Grenouille. Ainsi madame Gaillard, simplement coupable de l'avoir recueilli enfant et de l'avoir vu grandir dans son institution, connaître une fin longue et dégradante, tandis que le parfumeur Baldini qui donne à Grenouille son laisser passer pour Grasse va lui bénéficier d'une sortie violente et spectaculaire.
Qui châtie ainsi durement ces inconscients, impossible de le dire. On peut y voir la malédiction, on peut y voir ce dieu dont Grenouille rit, d'autant plus fort qu'il finira par le surpasser, du moins est ce son point du vue sur la chose.
Car Grenouille à l'ego aussi hypertrophié que le naseau. Conscient de son don merveilleux, il se fait l'artisan de nombreux paris tout au long de son existence, tous plus prétentieux et extravagants les uns que les autres. Le premier sera de collecter toute les odeurs du monde dans l'immense mémoire olfactive qui a visiblement prit la place de sa morale dans ce qui lui sert de cerveau. Le dernier projet sera la possession de l'odeur de Laure Richis, jeune fille détentrice de la plus belle fragrance naturelle qui soit.
Ce dernier projet, aussi insensé soit il est celui dans lequel Grenouille mettra le plus d'abnégation, parce qu'il est pour lui une question de survie. En découvrant un jour qu'il n'a pas d'odeur, il prend conscience qu'il n'existe donc pas aux yeux du monde. Sans âme, il est condamné à errer dans les limbes de l'humanité, dont il méprise aussi bien l'odeur que la bêtise. Comment peut il avoir un tel odorat et se trouver au banc de cette masse grouillante ?
Eux qui ne sont pas capable de comprendre ce qu'ils sentent, ne peut il donc pas les contrôler, en leur proposant un parfum inédit, incroyable, d'une séduction absolue ?
Et avec ce parfum, ne peut il donc pas devenir le dieux vivant de cette foule stupide ?
Patient et méthodique, Grenouille attendra deux ans pour mettre son projet à exécution, pour créer le Parfum, réunissant lentement tous les ingrédients qui orneront l'odeur divine de Laure, pièce maîtresse de ce travail d'orfèvre.
Autour du personnage de Jean Baptiste Grenouille, vit un monde oublié et pourtant incroyablement vivant que Patrick Süskind recrée avec un talent fou, parvenant à suggérer de quelques mots des ambiances aussi bien visuelles qu'olfactives, d'une sincérité confondante. L'odeur humaine elle même semble capable de sortir de la page, avec une vérité parfois glaçante, tant les mots ne sont pas mâchés, heurtant notre mémoire olfactive de plein fouet pour y générer les odeurs ainsi décrites.
Chef d'oeuvre à n'en pas douter une seule seconde, "Le Parfum" est donc récemment tombé sous le coup d'une adaptation cinématographique dont la naissance fut un véritable parcours du combattant. Patrick Süskind ne voulait que Stanley Kubrick dérrière la caméra. Lequel, flatté, s'atella à la rédaction d'un scénario sur lequel il jeta l'éponge bien vite, convaincu de l'inadaptabilité du roman.
Les plus grands (ou du moins ceux qui s'imaginaient tels) viendront par la suite renifler le cadavre. Il est vrai que le projet est alléchant, mais les désistements seront très vite aussi nombreux que les annonces fracassantes.
On verra passer par exemple Martin Scorcese espérant offrir Grenouille à Di Caprio. Tout le Landerneau en rit encore...
Puis se sera Ridley Scott, tout auréolé de son Hannibal, qui lorgnera vers "Le Parfum". Visiblement lancé en plein cycle "esthète psychopathe", Scott prétend détenir le casting et avoir pondu une très convaincante adaptation. Mais le projet est un pétard mouillé qui n'aboutira jamais.
Pendant ce temps, à Munich, Patrick Süskind ronge des bretzels en maudissant la mort de Kubrick et la vente de ses droits d'auteurs.
Et puis arriva Tom Tykwer, lui aussi allemand, réalisateur de "Cours Lola, cours", qui révéla Franka Potente, et déterminé à s'emparer de Grenouille en lui tirant les vers du nez.
Le petit Tom n'a pas peur de grand chose en rédigeant un script ambitieux, mais aussi assez différent du support d'origine, décidant de changer quelque peu les motivations de Grenouille ainsi que son mode opératoire. La faute n'est pas majeure car en l'essence, l'esprit est respecté, mais le dépaysement est là.
Ainsi, Tykwer remplace la fine et délicate architecture du parfum ultime, censé sublimer et conserver à jamais l'odeur de Laure Richis, par la composition d'un parfum à douze accords dont le treizième, celui de la jeune fille de Grasse, serait la note supplémentaire, celle qui le rendrait unique.
De même, la personnalité de Grenouille est nettement plus trouble dans le film que dans le livre où elle apparaître sans fard mauvaise. Le meurtre volontaire de la jeune fille rousse de la rue du Marais devient pour Tykwer un accident dont certes Jean Baptiste ne s'émeut guère, mais qui change tout de même le sens de la scène.
Changement de support oblige, on ne peut voir à l'écran la bibliothèque intérieure de Grenouille où il se réfugiera sept ans durant, créant et recréant inlassablement un monde d'odeurs et de parfums infinis, faisant prendre au lecteur toute la mesure de son génie et de sa démesure, le faisant apparaître démiurge surpuissant et augmentant l'impression de danger que cet homme représente pour ses congénères.
De même, son mépris de l'humanité apparaît moins dans l'adaptation, remplacée par une simple obsession pour le parfum ultime qui le place au dessus des autres mortels.
Reste néanmoins l'absolue tristesse et l'intense jalousie de Grenouille, dont le paroxysme est atteint au moment où il constate les effets du Parfum sur la foule de Grasse.
Ainsi on ne peut pas parler de fidélité absolue au roman de Süskind, chose qui du reste aurait été impossible. Comme dans le procédé d'enfleurage qui extrait des fleurs les plus délicates leur parfum, cette adaptation a su capter l'esprit et l'essence de l'oeuvre, même si elle ne parvient pas à en restituer toute la beauté, la complexité et l'intensité.
La question de l'étoile supplémentaire accordée ou non au Parfum de Tom Tykwer reste donc entière... (euh, au secours ?)
Pendant ce temps, à Munich, Patrick Süskind termine sa choucroute en jurant que plus jamais il ne cèdera plus les droits d'un de ses livres.
Note : **** Baldur's Gate II : Shadows of Amn.Pourquoi changer une équipe qui gagne ? Baldur's Gate II reprend grosso modo la trame du premier, tout en sachant lui être infinement supérieur.
Tout d'abord, les progrès de l'informatique aidant, le jeu est mille fois plus beau, plus fouillé, plus travaillé.
On ne se lassera jamais des merveilles de la belle Athkatla, la capitale du royaume de l'Amn où se déroule la quasi totalité du jeu. La ville est prétexte à des décors grandioses, tel le quartier des temples aux cent coupoles reposant sur des canaux où se reflètent les murs des édifices de culte dont les intérieurs rivalisent en beauté avec la splendeur des extérieurs. On errera sans en perdre une miette dans le magnifique cimetière de la cité dont les mausolées recèlent des décors somptueux (et de dangeureux individus aux longues canines)... Il y a aussi l'Ombrage, le quartier général des Voleurs de l'Ombre, une des guildes les plus puissantes de la Côte des Epées avec laquelle vous passerez quelques accords, à vous de les rompre ou pas...
Quelques temps après avoir remis de l'ordre à la Porte de Baldur, paré de votre statut de héros, vous vous faites kidnapper par un homme étrange qui pratique sur vous des expériences et assassine froidement deux de vos compagnons. Grâce aux Voleurs de l'Ombre, justement, qui attaquent le complexe souterrain de votre ravisseur, vous trouvez l'occasion de vous échapper avec Jaheira, Minsc (toujours aussi barré) et Imoen (ne me demandez pas pourquoi les concepteurs du jeu ont choisi ces trois là...). Et voici que vous retrouvez la lumière du jour en plein coeur d'Athkatla, la capitale de l'Amn, royaume du sud. Alors qu'elle utilise la magie pour vous protéger, Imoen provoque l'irruption des Mages Cagoulés, qui réglementent l'usage des sorts dans les rues de la cité. Arrêtée et emprisonnée, la petite a besoin de vous pour la libérer. C'est alors que les Voleurs de l'Ombre vous proposent un deal totalement malhonnête, mais que vous n'avez pas le choix de refuser...
Cette fois, qu'on se le dise, le scénario est rudement plus complexe, et le nombre des quêtes annexes se multiplie. Forcé de se battre pour récolter une rançon, votre personnage principal (que vous avez pu importer de Baldur's Gate, si vous le voulez, ou créé de toute pièce pour ce nouveau jeu) rencontre parfois de vieilles connaissances (on retrouvera Drizzt Do'Urden, Viconia De Vir, Edwin et bien d'autres encore) mais on fait surtout de nouvelles rencontres. Le jeu de rôle prend bien plus de place dans cet épisode que dans le premier, grâce à des PNJ bien plus bavards. Ceux ci se lancent parfois dans de longs dialogues avec vous ou les autres membres de l'équipe, révélant ainsi leur passé ou leurs états d'âme présents.
Le groupe n'en devient que plus attachant mais aussi plus explosif. Les cas d'équipiers d'alignement opposé en venant aux mains se multiplient, obligeant le joueur a être plus rigoureux dans ses choix (ne jamais associer Edwin à un paladin, par exemple). De plus, les personnages recrutés déclenchent souvent des quêtes personnelles qui renforcent encore leur originalité et les attachent davantage au joueur (oui on a des scrupules à virer Anomen après tout ce qui arrive à ce pauvre garçon...).
Les concepteurs du jeu ont également mis en place un challenge de plus pour le joueur, à savoir les fameuses romances de BGII. Les personnages masculins peuvent donc flirter aux choix avec Jaheira, Aerie ou Viconia, tandis que les féminins doivent se contenter d'Anomen (un paladin...pas drôle tous les jours...). Suivant que la romance sera bien menée ou non, les histoires se poursuiveront ou pas, des conflits éclateront dans le groupe, vos amoureux éconduits se barreront en plein milieu d'un combat avec tout leur équipement (çà, çà fait mal).
A côté de ces amusements, vous aurez le loisir de prendre le bateau, de découvrir par moins de 15 décors différents (sans compter tous les intérieurs) souvent très grands, mais aussi de suivre la trame d'une histoire tordue et pleine de surprises.
En bonus une nouvelles race, le demi orque, que vous pouvez incarner. Sans doute le chouchou des gros bills, le demi orque est capable de faire le jeu tout seul sans jamais utiliser une potion de soin, tellement cette race est blindée question points de vie. Avec l'équipement adéquat, je ne vous fais pas un dessin...
Bref, toujours plus fort, toujours plus beau, toujours plus riche, Baldur's Gate II offre encore davantage d'heures de jeu que le premier, et de combinaisons d'équipes, pour finir par un combat dantesque qui vous conduira aux Enfers où vous lutterez pour rien de moins que pour votre âme.
Si çà ce n'est pas de l'aventure... 10月24日 Baldur's Gate.Il était une fois, une boite nommée Bioware sortant un petit jeu de rôle sur ordinateur qui allait devenir un succès absolu de part et d'autre de l'Atlantique.
Reprenant les règles de Donjons et Dragons, à savoir le jeu de rôle quasi (aller,on enlève le quasi) fondateur du genre, Baldur's Gate a pour cadre l'univers archi connu des rôlistes amatteurs de médiéval fantastique (j'en vois deux qui grimacent au fond...), à savoir les mythiques Royaumes Oubliés.
Alors oui, le scénario est globalement bateau et archi mauvais, oui, le héros orphelin découvrant que tout le monde veut le tuer parce qu'il a d'étranges pouvoirs sortis de nul part est le truc le plus basique qui puisse germer dans l'esprit d'un rôliste, oui, tout MJ digne de ce nom se doit de pratiquer d'urgence un désenvoutement si jamais une idée pareille lui vient un jour tellement c'est mauvais.
N'empêche.
Puisque l'on parle ici d'un jeu, les règles ne sont pas les même. Nous sommes là pour nous amuser, casser des haches à deux mains sur les crânes de hobgobelins, résoudre des énigmes débiles qui nous donnent le droit de casser la figure à un boss dans les tréfonds d'un donjon tout çà pour récupérer une armure de plaque +2 dont on a pas besoin puisque l'on joue un mage (pas grave, çà fait des P.O.)...Alors franchement, le scénario, on s'en fiche comme de l'an 40.
Alors quoi ? Qu'est ce qu'elle raconte donc cette histoire si nulle ?
Votre personnage est un pauvre orphelin elevé dans une bibliothèque fortifiée, le mythique (tout est mythique dans ce jeu) Chateau Suif, par Gorion, un érudit un peu magicien sur les bords (vous apprendrez vite que tout le monde est un peu quelque chose sur les bords ici ).
Un matin, il vous chope au saut du lit avec pour mission d'aller acheter quelques menues affaires en prévision d'un voyage. Super, vous qui n'êtes jamais sortis de votre forteresse, vous vous précipitez d'accomplir cette tâche et débutez très fort le jeu en manquant de vous faire assassiner (voir en vous faisant assassiner, si vous êtes vraiment mauvais).
Mort de trouille et passablement amoché par votre rencontre impromptue, vous quittez votre doux foyer en compagnie de votre papa chéri. Quelques heures plus tard, celui ci se fait tuer lors d'une embuscade par un grand escogriffe qui en veut à votre précieuse peau.
Le lendemain matin, vous rencontrez près du corps du défunt Gorion, une amie d'enfance, Imoen, qui vous a suivi depuis Chateau Suif. Avec elle, vous vous rendez jusqu'à la mythique auberge de Bras Amical où vous attendent des amis de Gorion, Khalid, un guerrier bègue et pas doué, ainsi que sa femme, Jaheira, un druide lunatique au complexe de supériorité bien affirmé. Autant vous dire qu'à partir de maintenant, vous n'allez plus rigoler tous les jours...
S'en suit le nettoyage de mines infestées de kobolds qui pourrissent tout le fer produit dans la région, cause d'une pénurie qui attise les hostilités entre la mythique cité de la Porte de Baldur (héros mythique) et le royaume voisin, mythique aussi, de l'Amn...
Bien évidemment, tout çà, c'est un peu de votre faute, et il faut songer à remettre de l'ordre sur la mythique Côte des Epées. Comme çà, vous deviendrez un mythe vous aussi, et çà fera ton sur ton...
Sur un postulat archi simple et prévisible, Baldur's Gate a néanmoins construit son statut du jeu mythique (eheheh) grâce à de nombreux atouts. Tout d'abord, la qualité du jeu en elle même.
Décors nombreux, tous très soignés, entre les landes de Valped, les forêts de Bois Manteau, les jolies maisons de Beregost, le village de Gullykin (génial), les bords de mer et le somptueux décors de la Porte de Baldur, dans laquelle on adore se promener (et dévaliser les maisons aussi...eh...), tout cela contribue à rendre Baldur's Gate attachant.
Ensuite viennent les PNJ, soit les autres gus qui se trimballent dans le jeu, enrôlables ou pas. Là, la galerie est impressionnante. Entre Imoen, la femme enfant agaçante mais redoutable en crochetage de serrure, Jaheira et ses réflexions permanentes sur votre immaturité et votre incompétence, Khalid le papa poule, Dynahéir la magicienne mégalo, Edwin, le mage rouge fourbe et psychotique, et surtout l'inoubliable rôdeur Minsc et son hamster géant miniature de l'espace, Bouh, vous n'avez jamais le temps de vous ennuyer.
Les équipes, composées de six personnages sont composables et recomposables à volonté, ce qui permet de changer, selon vos humeurs, votre façon de jouer, sachant que les alignements des PNJ ne sont pas tous compatibles et que des disputes entre vos compagnons sont possibles, et peuvent même aller jusqu'au réglement de compte.
A côté de ces potentiels recrutés, il y a aussi les autres, simples éléments du décor, ou figures des Royaumes Oubliés. On a donc la possiblité de sauver Drizzt Do'Urden, le ....(tous en choeur)...mythique rôdeur drow (que l'on peut aussi aider à mourir pour récupérer ses couteaux. Je sais, ce n'est pas moral. Et alors ? Je ne joue jamais un paladin...), mais aussi Elminster, le mage tout de rouge vêtu qui suit votre destin de loin. Sans parler de l'historien Volocamp, celui qui vous fera entrer dans la légende par la grande porte.
Bref, le jeu sait être toujours différent tout en suivant sa trame pépère à laquelle au final on s'accroche puisqu'il s'agit tout de même de la vie de notre personnage et que l'on meurt d'envie de connaître la fin. Cela dit, se serait un tort, voir une injure faite au jeu que de terminer celui ci sur les chapeaux de roues en se contentant de suivre l'histoire principale. La variété des quêtes annexes, des paysages à voir, des lieux à découvrir, des histoires à entendre, des gens à rencontrer et des trésors à chercher, font de ce jeu une mine que l'on peut encore exploiter des années après, sans s'ennuyer une seconde, et en découvrant à chaque fois des nouveautés (et puis, plus on joue, plus çà fait des XP...Et des P.O... Comment çà je suis vénale ?).
Baldur's Gate peut se jouer en mode solo ou en multi joueur en réseau. Parlons donc surtout de ce que l'on connait, à savoir le mode solo, enfin presque solo puisque pour espérer terminer les quêtes proposées, il vaut mieux avoir une équipe complète composée de votre personnage et de cinq PNJ (Personnages Non Joueurs, pour les deux qui ne suivent pas au fond).
Si vous ne pouvez pas grand chose pour ceux là (oui, Garrick le barde est nul et ne sert à rien, à part s'enfuir dès le début des combats, oui Minsc n'est qu'un gros bill dont on peut aisement remplacer la force de frappe, oui, un druide comme Jaheira c'est amusant deux minutes et utile jusqu'au niveau 10, ensuite, on ne la garde plus que parce que l'on est attaché à celle qui devient quand même notre mentor...), vous pouvez en revanche façonner votre personnage principal en choisissant sa race (humain, elfe, demi elfe, nain, petite personne) et sa classe (mage, prêtre, moine, paladin, guerrier, barde, druide, voleur et pour finir le meilleur, rôdeur, avis totalement subjectif...).
L'aspect extérieur de votre personnage ne va pas chercher bien loin puisque l'on ne peut modifier que la couleur des cheveux, de la peau et des vêtements. Mais norlamement, si vous jouez bien, votre avatar devrait disparaître en quelques niveaux sous un tas de métal dissimulant totalement sa petite personne, alors...
Pour finir, vous pouvez aussi choisir l'alignement de votre personnage qui déterminera les rapports avec les PNJ ainsi que votre façon de jouer. En effet, on verra mal un personnage loyal-bon s'acoquiner avec des chaotiques-mauvais, assortiment qui de toute façon, à un moment ou un autre, conduira au clash de votre équipe. Les interactions avec les PNJ sont multiples et dans les dialogues le choix entre différentes réponses vous sera toujours proposé, ce qui permet de renforcer encore le côté jeu de rôle de votre partie.
Il va de soit qu'un loyal-bon restera poli et équitable tandis qu'un chaotique-mauvais enverra tout le monde sur les roses, se mettant à dos la totalité de Féerune en un temps record... Le choix proposé d'alignement est vaste, et permet des nuances assez fines pour le choix du caractère de votre personnage.
Si une telle interface en 2D paraît aujourd'hui sortir tout droit de la préhistoire, il n'en demeure pas moins que Baldur's Gate reste un jeu mythique, non seulement à cause de l'histoire et des PNJ, mais aussi grâce à l'univers dans lequel le joueur évolue, riche, foisonnant, farci de références que le rôliste sur table ne manquera pas d'apprécier et de relever ("Ah bon, c'est "çà", Drizzt Do'Urden ?..."). Et puis il est l'occasion de parcourir une contrée assez peu exploitée du continent de Féerune, à savoir le Mittan Occidental, où se dérouleront vos pérégrinations.
Il aurait donc été dommage voir criminel de s'arrêter en si bon chemin. Et la suite de Baldur's Gate, Shadows of Amn va tenir toutes ses promesses. 10月21日 The Queen.En mai 1997, la reine Elizabeth II eut un gros problème : l'accession du travailliste et inssuportable à ses royales pupilles, Tony Blair, au poste de premier ministre. Passée une intronisation où la souveraine lui fit bien sentir qu'elle n'en avait pas grand chose à faire de sa petite personne ("mon premier Premier Ministre était Winston Churchill, mon arrière grand mère est la reine Victoria, alors Tony, prends ta pelle et ton seau et vas jouer..."), les choses auraient presque pu rentrer dans l'ordre avant que ne survienne la mort tragique de son ex belle fille, j'ai nommée lady Diana Spencer qui fut, il faut bien le dire, plus redoutable pour la monarchie britannique morte que vivante.
Ce dernier film de Stephen Frears, moins d'un an après "Mrs Henderson présente..." va sans conteste au delà de la simple chronique de la semaine terrible qui secoua la monarchie britannique, engoncée dans son brushing et son éducation psychorigide. Non seulement, on s'attache ici à suivre le cheminement de la souveraine, mais on se penche aussi, par petites touches fines et éclairées sur Tony Blair, son épouse, les princes Philipp et Charles ainsi que la reine mère, qu'un mauvais scénario aurait sans doute oublié en route. Point de cela ici, même si l'héroïne occupe de toute sa splendeur le devant de la scène, en particulier grâce à une composition éblouissante d'Helen Mirren, prodigieuse et plus vraie que nature.
A travers les yeux de Tony Blair fraîchement élu et de la reine, on vit sous les deux angles les évènements, le regard de cette dernière revêtant un aspect inédit puisque pour le reste du monde, elle joua cette semaine là le rôle de la méchante, trop hâtivement distribué par une foule sous le choc et un autisme royal pour le moins déplacé.
La diatribe de Tony Blair, reniant peu à peu ses idéaux par attrait pour le pouvoir sous les yeux dépités de sa femme, est à elle seule un plaidoyer vibrant en faveur de celle que un Britannique sur quatre cessa d'aimer l'espace de sept jours.
Il se murmure que la reine aurait dit ne pas attendre la sortie du film avec impatience mais elle peut se rassurer. Rien ici ne va contre sa royale personne, bien au contraire, puisque l'on ne peut sortir de la projection sans mieux la comprendre et pardonner l'indélicatesse et l'immobilisme. En revanche, on ne peut pas en dire autant d'un prince Philipp aux allures de vieux couillon.
On découvre aussi un prince Charles fin et sensible, sentant bien mieux le vent tourner que sa mère, et sincèrement touché par le décès de sa femme dont, s'il ne semble pas pardonner ce qu'elle a pu faire à sa famille, il sait reconnaître les qualités et surtout évaluer (il était bien placé pour le voir) l'impact qu'elle aura eu sur le royaume et le monde.
Quant à la reine, elle s'exprime ici avec à la fois toute la pompe et le faste qui lui sont volontiers associés, mais aussi dans le drame et le déchirement intérieur qu'elle vivra pendant cette semaine là. En temps que Elizabeth II, mère et belle mère meurtrie, trahie par cette femme que son peuple aime tant, en tant que fille de son temps et reine, elle ne peut compâtir, ni faire étalage d'un deuil qui du reste, sonnerait immanquablement faux pour ses sujets. Mais en tant qu'incarnation de la couronne, descendante d'une monarchie puissante et immémorielle, elle ne peut laisser le navire couler et se doit bien, pour le bien de l'institution toute entière, de subir ce qui pour elle n'est rien d'autre qu'une humiliation. On ressent, dans une séquence à Balmoral où sa mère qui rapelle qui elle est, tout le poids qui pèse sur les épaules de cette femme depuis si longtemps, ainsi que l'immensité d'une fonction qui à nous, républicains acharnés, nous paraît futile et dérisoire.
Tony Blair apparait quant à lui comme un personnage trouble, à la fois moderne mais aussi terriblement britannique, impressionné de voir la reine et peu à peu séduit par cette femme qu'il connait depuis toujours. A grand dam de son épouse Cherry, sans cesse en train de lui rapeller ses convictions, il commencera à la défendre, pour enfin, compâtir. On devine, de par son rôle certes modeste, mais remarquablement bien écrit, tout le drame de Cherry Blair, qui face à la crise n'hésite pas à exprimer ses opinions contre son mari (et quand on voit avec quelle force elle argumente, on imagine aisement l'ambiance à la maison au moment de la guerre en Irak, à laquelle elle était farouchement opposée).
La reine du reste, ne se privera pas pour donner une leçon de survie à Blair, lorsque dans l'entrevue finale, elle lui prédit une violente et brutale chute, telle que connait effectivement le premier ministre depuis les attentats de Londres.
Etude fine, portraits contrastés et subtils, le film tient en particulier grâce à quelques scènes clés et une opposition franche entre la foule londonnienne et l'immensité des landes de Balmoral. Révélatrice de l'esprit de la reine, cette séquence où elle part voir la dépouille d'un cerf tué sur un domaine voisin et s'emeut de ses blessures. L'animal, indépendamment de l'intérêt que lui porte la souveraine, est une allégorie de Diana, en danger de mort sur les terres royales où les chasseurs sont à ses trousses, mais tout de même abattu en quittant la famille.
Encore un magnifique travail pour Stephen Frears qui aura du reste su réunir le casting idoine où chacun s'efforce de coller à son modèle (Helen Mirren, bluffante, mais aussi Alex Jennings en prince Charles plus vrai que nature). Reste un mot sur la reine mère, absolument irrésistible dans ses vapeurs de gin.
Note : *** 10月19日 Le petit point du mois.Oui, comme tous les mois environ, voici venu le temps du billet inutile, celui qui n'apporte rien mais que vous serez, je l'espère, assez sympa pour lire quand même (de toute façon, je vérifie. Ramassage des copies à la fin de l'heure !).
Pour commencer, vous l'aurez sûrement constaté, le rythme de rédaction s'est considérablement ralenti, pour cause de mémoire (oui, je sais, encore), qui avance pas à pas et qui me prend le chou, la tête et surtout du temps.
Mis à part celà, quelques "previews" comme on dit dans le jargon. Vu la masse des sorties ciné cette semaine et celle à venir (oui, le double film de Clint du Bois de l'Est (TM déposé par le Jedi Gris)arrive), le nombre des billets concernant les films risque donc d'être revu à la hausse, sans doute dès demain puisqu'une escapade dans une salle obscure est prévue (voir deux, c'est dire !).
Niveau lecture, je viens de finir, enfin, "Le Dragon Blanc" de Anne Mac Caffrey, le tome (pour l'instant) le plus long de la Ballade de Pern qui n'en finissait pas de n'avancer par à coup que toutes les cinquantes pages...Sachant qu'il y a encore deux livres à lire pour finir ce cycle, je ne suis donc pas prête d'en voir le bout, ni de vous faire la critique générale.
Bon, mis à part un rythme lent et un personnage principal vraiment pénible cette fois, ce tome tient toutes ses promesses, je vous rassure...
Sinon, Le Parfum est en cours, avec à la clé une critique bien sûr, et un point sur l'adaptation.
Enfin, l'arrivée récente dans mon humble demeure d'un tome gigantesque comprenant la suite de l'intégrale de Jane Austen me fait penser que vous entendrez bientôt reparler de nos amies les Anglaises...
Cela dit, il est plus que probable qu'avant de me lancer dans Northanger Abbey ou Mansfield Park, je me décide à sortir le premier tome du Trône de Fer, qui traîne dans la table de chevet depuis un moment pour cause de Mac Caffrey peu motivante.
Enfin, je vous apprend que concernant la compétition des Entonnoirs 2006, la liste des films monte désormais à 55, ce qui promet des têtes cassées contre la table pour départager les finalistes. D'ors et déjà, j'ai décidé de ne faire figurer dans la catégorie Meilleur Film que ceux qui auront obtenu 4 étoiles, ce qui signifie déjà 4 films et presque 5 (Le Parfum est, dans l'attente de lire le livre, toujours sur la sellette) à savoir, Le Nouveau Monde, Le Secret de Brokeback Mountain, Marie Antoinette et Vol 93.
Autre problème, certaines catégories sont surpeuplées, comme Meilleur acteur et surtout Meilleur réalisateur, ce qui voudra sans doute dire qu'un grand coup de balai devra se faire, je pense en concertation avec vous. Mais nous n'y sommes pas encore, et je vous rassure, l'année est loin d'être finie, et de nouvelles bombes se profilent à l'horizon ("on est pas sorti du sable", comme dirait une que je connais).
A modo de conclusion, comme on dit au Paraguay, je vous ferai partager, dans la catégorie certes peu remplie mais présente tout de même des jeux vidéos, mon expérience sur deux jeux, à savoir l'antique mais mythique Baldur's Gate, et mon tout récent test de 14 jours montre en main de World of Warcraft (je le jure, pour l'Alliance, je reviendrai !!!! Mouaaaaahh !!!!) qui aura tout de même fait de moi un vétéran du bassin d'Arathi et du goulet de Warsong (même si bloquée au niveau 20 par la version d'essai, j'en ai pris plus qu'il n'en fallait dans la figure...M'en fiche, la Horde se souvient de mes attaques suicides, et en plus, je suis gradée, enfin, j'étais, mon compte n'existe plus...
Voilà donc les nouvelles de l'Ouest, où il n'y a pas grand chose de nouveau. Alors à bientôt, vous connaissez l'adresse ! 10月18日 Quand j'étais chanteur.C'est un peu une version moderne de la Belle et la Bête. Vous vous souvenez, de cette pauvre fille un peu paumée qui échouait dans le chateau hanté où vivait un prince pas Jojo mais le coeur sur la main et le poil plein la figure ?
"Quand j'étais chanteur" y ressemble fort, version moderne et ultra réaliste de ce conte qui réunit ce que les circonstances ordinaires ne peuvent rassembler.
Gérard Depardieu y campe Alain, chanteur de bal, spécialiste de la roucoule, qui n'a pas son pareil pour faire les couples sur les pistes de danse. Avec sa flamme toujours intacte, il trimballe une carcasse vieillissante de discothèques en maisons de retraites, de baloches en tombola, jusqu'au jour où apparait sous les spot light la magnifique Marion, celle qui sonnera son réveil.
Dire que Gérard Depardieu campe le personnage principal est une faute grave. En réalité, c'est exactement l'inverse qui se produit, tant Alain domine un Gérard totalement au service de son rôle, corps et âme, tout comme Cécile de France est Marion, l'un comme l'autre capable de convaincre dans les plus fines nuances de leurs jeux.
A leur côté, le reste du casting tient particulièrement bien la route, au service d'un couple vedette véritablement renversant, émouvant, magnifique.
Si la réalisation parvient à capter ces petits moments intenses et magiques, en restant tout le temps à hauteur de regard, on ne peut guère en dire autant d'un montage assassin qui saborde la chronologie de l'histoire, faisant passer d'un jour à l'autre sans transition, sans explication, détruisant parfois l'harmonie créee pour faire se demander au spectateur "Mais quand est ce que l'on est là?". Quelques ellipses sont également mal venues, parce que trop nébuleuses et souvent étrangement suivies de scènes cadrées n'importe comment.
Un bât qui blesse donc ce film auquel il ne manquerait pas grand chose pour toucher sa quatrième étoile, mais qui souffre d'une non esthétique certes au service de son propos mais qui grêve singulièrement l'ensemble.
Mais Gérard Depardieu, acteur immense sachant aussi bien se gâcher que se transcender hisse ici sa prestation à des sommets que l'on voudrait lui voir atteindre plus souvent. Et que dire de Cécile de France, pas un instant en retrait, pas une seconde écrasée par le géant, et qui prouve ici qu'elle est sans nulle doute une des meilleures actrices de sa génération.
Note : *** 10月11日 Little Miss Sunshine.Je vous préviens d'avance, une fois n'est pas coutume, je serai brêve. Oui, Little Miss Sunshine, comme le prouvent les trois étoiles qu'il affuché désormais dans la colonne de gauche, est un bon film, drôle, tendre, juste, fin, irrésistible, mais tellement sympathique qu'au final, je n'ai rien à en dire.
Ce film, auréolé à Sundance et au dernier festival de Deauville raconte l'odyssée d'une famille de bras cassés, partis ensemble sur la route pour amener la cadette, Olive, au concours de Little Miss Sunshine, foire à la mini miss à laquelle elle rêve de participer. Dans le combi qui les emmenent vers la Californie, on trouve un père adapte de la gagne et flippé par la présentation de son livre à un congrès, le grand père pervers et accro à la cocaïne, la mère qui tente de souder la famille tant bien que mal, le beau frère dépréssif et suicidaire, le frère d'Olive qui a fait voeu de silence jusqu'à son entrée à l'académie de pilotage...
Tout ce petit monde va peu à peu apprendre ou réapprendre à vivre ensemble, à communiquer et à se serrer les coudes au travers des épreuves traversées qui révèleront à chacun ce qu'il est au fond de lui mais aussi leur ouvriront les yeux sur l'essentiel. La métaphore de cette reconstruction passe par la technique, chaque fois un peu plus rodée qui leur permet de faire rouler l'antique combi.
Autre détour immaquable du film, le fameux concours de beauté, sommet d'hypocrisie et de vulgarité qui exhibe des petites filles maquillées et (pas très) habillées comme des grandes, le tout dans une ambiance qui respire la futilité et transpire son côté malsain comme les spray auto bronzants dont les mères aspergent leur progéniture de foire au jet.
Voilà donc tout ce que l'on peut dire de cet excellent produit bien estampillé ciné indépendant US, mais la critique ne serait pas complète sans un petit mot sur l'admirable interprétation et le casting de folie qui réunit pas moins de Greg Kinnear, toujours formidable, Toni Colette, et Steve Carrell, tous les trois en tête de peloton, même si la suite de la distribution n'est pas en reste.
Note : *** 10月4日 "Le Parfum".Il arrive de temps à autre qu'une oeuvre, de quelque nature qu'elle soit, bouleverse par son côté inédit, par sa hardiesse, par son culot démesuré, par sa finesse et surtout par sa rareté.
L'adaptation du "Parfum" de Patrick Süskind est de celles là.
N'ayant pas lu le livre (impossible de mettre la main dessus dans ma bibliothèque où il est pourtant supposé être...mystère), je ne jugerai donc que le film et non pas la qualité d'un travail d'adaptation que je ne peux évaluer.
A l'aulne de son sujet et de ce que le réalisateur est censé faire passer, "Le Parfum" est un film d'une préciosité fragile car il réalise d'exploit d'inventer le cinéma en odorama sans odorama. La première partie, parisienne, est parfaite parce qu'elle recèle une description dans chaque plan, surchargé jusqu'à la saturation d'objets de personnages, de crasse, de références qui sollicitent de façon parfaitement inattendue vos souvenirs olfactifs.
La naissance de Jean Baptiste Grenouille est un moment particulièrement intense de cette recréation des odeurs du Paris du XVIIIème siècle.
Malheureusement, et paradoxalement, l'arrivée du héros à Grasse, capitale du parfum, fait perdre au spectateur cette magie des senteurs alors que tout devrait nous rappeler l'odeur du jasmin, des roses ou de la lavande. Grasse n'est plus que le cadre de l'obsession de Grenouille pour les odeurs des jeunes filles, ces odeurs qui le font chavirer mais que le réalisateur est impuissant à traduire. Dès la première d'entre elle, la salle se retrouve isolée de Jean Baptiste avec lequel elle avait pourtant plongé avec délice dans les fragrances des rues de la capitale, incapable de reconstituer, ou d'imaginer la divine senteur de la peau de cette vendeuse rousse.
Ce handicap se mue pourtant en atout à la fin du film où l'oeuvre de Jean Baptiste Grenouille s'achève et se révèle au monde. On se surprend à tenter de trouver, de sentir, de savoir, de toucher à ce mystère dont on suit la fabrication avec une fébrilité d'autant plus légitime que la quête du héros s'est faite notre au fur et à mesure que l'on partage son destin. Et on comprend d'autant mieux son obsession de posséder les odeurs qu'elles nous échappent au bout du compte.
Tom Tywker renouvelle totalement ce que l'on peut d'ors et déja attribuer à Terrence Malick (encore lui, je sais, et alors ?), à savoir le pouvoir de traduire des odeurs via des images. Chez Malick, dans "Le Nouveau Monde", on percevait sans s'en rendre compte le film avec tous ses sens. Ici, l'odorat est très nettement sollicité par les objets, les sons, les mouvements. L'alchimie fonctionne au delà des espérances, faisant à la fois appel à la mémoire olfactive (la plus puissante de l'être humain) mais aussi à son imagination. Le plan virtuose de la traversée d'une rue de Paris est tout bonnement étourdissant, tant on sent littéralement l'odeur des chevaux, des cuirs, des poudres, de la sueurs, de la crasse, l'âcre des déchets et les relents des boues putrides, les effluves des parfums rares des belles dames parées d'étoffes odorantes.
Au dela de cette réussite (mais qui d'après ce que je sais, reste en dessous de la puissance descriptive de la plume de Patrick Süskind), le réalisateur agit tel un parfumeur. Sa note de tête, ce sont les décors, l'authenticité criante de chaque rue, de chaque intérieur, de chaque plan (Paris est incroyable avec ses ponts, ses bas quartiers). Sa note de coeur serait cette capacité à traduire les odeurs et l'environnement enivrant de Jean Baptiste, mais sa note de fond est sans conteste Ben Whishaw, l'incroyable interprète du héros.
Son incarnation est un défi, qui ne pouvait sans doute être relevé que par un inconnu, qui plus est par cet inconnu. Sous ses traits, Jean Baptiste Grenouille est inquiétant, mais aussi poignant, fragile, incroyablement complexe et attachant. Sa force est de nous faire partager ses angoisses, ses peines, ses obsessions, de nous faire suivre son destin, sa vie, sans vouloir le blâmer une seconde, mais en comprenant chacune de ses actions visant à la création de ce parfum ultime.
Le personnage est un être sans grand intérêt mais qui laisse dans son sillage l'odeur de la mort, frappant invariablement toute personne l'ayant croisé. Portant sa solitude et sa neutralité comme un fardeau, Jean Baptiste décide de faire de son don l'instrument de sa gloire.
La scène finale où éclate à la fois la victoire mais aussi tout le drame du héros est sans doute le fameux treizième accord, celui qui fait d'un parfum une oeuvre unique. C'est peut être là que le bât blesse, dans cette apothéose totalement casse-gueule, difficile à traduire par l'image, d'autant plus avec une horde de figurants dont on ne peut pas non plus contrôler la qualité du jeu. Ce moment, à la fois d'une intensité glaçante et d'un bancal confondant, laisse le film sur un final imparfait, détruisant un peu l'harmonie. La toute fin sauve tout de même "Le Parfum" est retournant à ses fondamentaux et en offrant au héros une sortie rapide, mais radicale et poignante.
"Le Parfum" est sans conteste un film à voir, tant par l'expérience inédite qu'il est, que par l'interprétation magistrale de Ben Whishaw, en état de Grasse (je suis drôle, mais drôle ! ). La note attribuée, ***/*, est due à ce problème de la fameuse scène finale, un rien en dessous du reste et qui casse la magie. Et puis aussi au fait que n'ayant pas lu le livre, je ne peux pas encore donner un avis sur le travail d'adaptation que l'on sait délicat, surtout avec un tel sujet.
Note : ***/* 10月2日 Journal d'Hirondelle.Plus le temps passe, et plus Amélie Nothomb devient difficile à défendre. On a beau chercher, on se demande vraiment où a bien pu passer l'incroyable auteur de "Stupeur et tremblements", de "Hygiène de l'Assassin" et d' "Antéchrista".
Ce dernier avait semblé un réveil salutaire après deux oeuvres mineures qu'étaient "Cosmétique de l'ennemi" et "Robert des noms propres", petits livres parodiant le style Nothomb jusqu'à plus soif, ou plus faim, c'est selon. Mais le génie d'Amélie s'était réveillé brutalement avec la machiavélique étudiante Christa et son double revirement final épatant.
Malheureusement, le regain fut de courte durée, puisque le livre suivant, "Biographie de la faim", autobiographie pourtant réussie et sans doute nécessaire à l'auteur restait malgré toutes ses très bonnes intentions, en dessous de "Stupeur... " ou du brillant "Métaphysique des tubes".
Vint ensuite "Acide Sulfurique" au sujet extrémiste et plutôt bien choisi mais qui lui aussi avait une tendance lourde à répêter en boucle les motifs habituels pour devenir au bout du compte un petit roman sans surprise dont la charge critique se trouvait annulée par la banalité de l'ensemble.
"Journal d'Hirondelle" n'a même pas le mérite de partir bien pour finir mal. En racontant quelques mois de la vie d'un homme frappé d'ataraxie, Amélie Nothomb a déjà un point de départ un rien convenu. Puisque le héros ne ressent plus rien, il faut bien qu'il trouve un moyen de vivre à nouveau. Pour lui se sera Radiohead et le meurtre, seuls procédés capables de réveiller ses sens endormis. Comment tous les héros nothombiens, il est obsédé par la beauté, la beauté humaine en particulier, et évidemment, comme on si attend dès les premières pages, c'est la beauté d'une femme qu'il va tuer qui le sort de son état et lui rend son humanité.
Mais il se trouve que l'ataraxie, c'est contagieux et que le lecteur ne ressent vite rien pour ce héros auquel il aimerait bien s'attacher un minimum. Le livre se termine sans avoir donné l'impression de jamais commencer, avec une certaine cruauté mais sans la saveur si particulière à Amélie Nothomb.
Enorme déception pour ce "Journal d'Hirondelle", qui donne envie de dire à son auteur qu'elle n'est pas obligée de publier un livre par an si c'est pour nous infliger çà. Ou alors, est ce "Biographie de la faim" qui est passé par là et qui a emporté ce qui faisait sa plume si particulière. Le style reste très beau, les mots impeccablement choisis, mais la magie n'est plus là.
Fort heureusement, il reste tout un brillantissime début de carrière qui se lit, se relit et se garde dans la table de nuit. C'est déjà çà. |
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