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28 novembre

Casino Royale.

 
Maudit, conchié et voué aux gémonies par toute une planète de fans bondophiles l'écume aux lèvres après l'annonce du départ de Pierce Brosnan, le pauvre Daniel Craig, petit, moche et blond, avait fort à faire pour convaincre qu'il était bien le nouveau James Bond, et que, parce qu'il utilise toujours L'Oréal, il le valait bien (et un produit placé, un).
 
Rude tâche que de succéder à l'homme ayant redonné ses lettres de noblesse à un rôle un peu poussif et vieillot, qui plus est pas franchement aidé par une série de films mauvais ringuardisants complètement la franchise.
Oui, Bond avait du plomb dans l'aile, et pas dans la tête, malheureusement...
 
Personnellement, je n'ai jamais été fan de 007, ce macho misogyne bourré de gadjets évoluant avec un flegme britannique outré dans des scénarios sans cesse répétés entouré de sylphides aux yeux humides meuglant :"Jaaaaames" à chaque prise...
Beurk...
 
Alors, pourquoi suis je donc allée voir Casino Royale ?
 
-pour Daniel Craig : même pas ! N'étant pas fan de cet acteur, je peux d'ors et déjà vous dire qu'il fait un Bond vraiment très chouette, humain, et drôle, vraiment.
 
-pour Martin Campbell : non plus, perdu. Si cet homme avait parait il déjà ressucité une fois James Bond dans Goldeneye, je ne peux pas dire qu'il est le type de réalisateur qui me fait me relever la nuit.
 
-pour Eva Green : sans doute, elle était la raison qui me faisait aller voir ce film. Miss "je ne suis pas que la fille de ma mère, la preuve", est une des plus grandes révélations de ces dernières années, encore que tout son talent reste encore à s'exprimer. Avec son jeu très intello, sa classe et son absence totale de mimiques minaudantes marque de fabrique des minettes "fashion" de notre temps, Eva Green est non seulement à contre courant des actrices (et globalement des filles) actuelles, mais aussi au total opposé du stéréotype de la Jame Bond Girl, ce que son rôle de Vesper Lynd n'est d'ailleurs pas. Aux côtés de Daniel Craig, elle est sans nul doute la pierre angulaire de ce film. Merci pour elle.
 
-pour le placement de produit : champion du monde toute catégorie confondue, James Bond. L'homme réussi à coller une marque à tous les plans ou presque, ce qui est fortiche. Entre les voitures cadrées juste à hauteur de logo (sans parler des mouvements de caméra qui vous font ostensiblement voir le "Ford" ou les "Aston Martin"), les ordinateurs dont le "Vaio" apparait en gros plan, "Casino Royale" fait office de publicité la plus longue du monde.
Pour le plaisir, je vous livre ce sublime dialogue, vrai de vrai, extrait du film :
Eva Green : "Votre montre, c'est une Rolex ?
Daniel Craig : Non, une Oméga.
Eva Green : Ah ? Magnifique... "
 
A côté de toutes ces bonnes et mauvaises raisons qui nous font aller voir un film, il faut reconnaitre que "Casino Royale", une fois que l'on est dedans, est un divertissement tout ce qu'il y a de plus divertissant (eheh), plein de rebondissements, d'humour, de suspens, truffé de décors splendides (le Monténégro, tout filmé en Italie et en République Tchèque est sublime...), avec une photographie léchée et surtout un scénario moderne, dépouillant James Bond de son arsenal de gadjets et de machisme habituel.
 
"Casino Royale" étant sa toute première aventure, Bond y apparait brut, bêtasse, trop plein d'assurance, et fier comme un bar tabac de son tout nouveau statut de double zéro. Double zéro que la pauvre M ne peut s'empêcher de traiter de triple buse lorsqu'il aligne boulette sur boulette, emporté par son élan de bourinage à tour de bras.
Ce qui, attention, s'exclue pas l'humain. Bond révèle dans le reflet d'un miroir un oeil hagard après avoir tué un homme, et se laisse attendrir par la détresse de Vesper, elle aussi à mille lieux de la potiche à gros seins qui fait normalement office de James Bond girl. Pour un peu d'ailleurs, on pourrait presque croire que le scénario s'amuse à parodier sa franchise, entre la boutade de Bond à Vesper quand il lui lit les instructions de M sur leurs couvertures, ou la scène du galop sur la plage de Caterina Murino (plus Bond que çà, tu meurs).
 
Avec sa gueule cassée et son explosivité, Daniel Craig est finalement le nouveau Bond rêvé, parce qu'il affranchit enfin la série de sa couche de poussière made in sixties et apprend à coller aux nouvelles tendances.
Alors si les scénarios et les castings continuent à tenir la route de cette façon, oui, c'est très probable, je retournerai voir un Bond au cinéma. D'autant que, astuce ultime, l'histoire de "Casino Royale" n'est pas terminée.
 
Pause "placement de produit" : pour survivre et se remettre aussi vite du traitement que le Chiffre lui inflige, James Bond ne peut utiliser que Tonyglandil ... Je ne vois pas d'autre explication...
Comprendra qui pourra...
 
Note : **
27 novembre

Coeurs.

 
Paris, en hiver. Sous la neige, six destins se frôlent, s'influencent, se parlent, se touchent, se haïssent ou s'aiment.
 
Avec un postulat pareil, je vous l'accorde, l'envie du spectateur de s'enfoncer la tête dans son pop corn aurait pu être forte. Sujet casse gueule que l'étude des caractères, d'autant plus si celle ci repose sur un réalisateur médiocre et une distribution moyenne.
 
Seulement voilà, ce style, Alain Resnais le maîtrise depuis de longues annéees déjà. Tellement bien d'ailleurs que l'on pourrait médire en insinuant qu'il a choisit une fois de plus la facilité avec "Coeurs", en dégainant un scénario léché et virtuose, emballé par son écurie habituelle (Azéma, Dussolier, Arditi).
Mais non, on ne le dira pas, parce que sa facilité n'est pas fainéantise mais simplicité. Resnais sait où il va et pour se faire, utilise ses chemins balisés, tout en y introduisant sa fantaisie et son don de faire mouche à tous les coups.
 
La galerie de se personnages perdus, il la connait certes par coeur, mais c'est aussi pour cela qu'il l'analyse si finement et qu'il sait rendre chacun, même le plus agaçant d'entre eux, attachant. On pourra toujours trouver à redire que le personnage de Lambert Wilson est le même que celui de "On connait la chanson", ou que Azéma, parfaite en sainte Nitouche extrémiste (à tout point de vue) fait du Azéma.
 
Les acteurs cabotinent volontiers, mais sans excès, sans trahir ni le film, ni l'histoire, tout bêtement parce qu'ils sont à l'aise sous la caméra de Resnais dont la mise en scène sublime leur jeu.
 
Nimbé dans la neige, à la fois cocon rassurant et froideur mortelle qui gèle les hommes, "Coeurs" est un pur produit de son réalisateur, ni plus ni moins, qui gagne à être vu, et murit.
 
Note : ***
23 novembre

Le Donjon de Naheulbeuk : épisode 24.

 
Et voilà, on l'aura attendu longtemps, mais il est enfin en ligne !
 
Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, le tome 3 de la BD est désormais en vente dans les FNAC et autres librairies diverses et variées.
 
Vous en voulez encore ? Alors le premier roman de PoC, auteur du Donjon est lui aussi paru ces jours ci, sous le vrai nom de ce monsieur, à savoir John Lang. Le pavé a pour titre Le Bouclier Obscur. Attention, rien à voir avec le Donjon (allez voir là, si vous voulez en savoir plus : www.penofchaos.com/bouclierobscur ).
 
Alors, de quoi par ce fameux 24ème épisode ? Il y est question de Flip, d'elfes , d'énigmes, de shampooing, d'arcs, de licornes, de poneys aux crinières chatoyantes, de castors mutants, de baston, d'oreillers, de sortir de la forêt de Shlipak (çà serait bien çà, hein?)..........
 
Sinon, c'est par là ==========> www.penofchaos.com/warham/donjon-telecharge.htm 

Babel.

 
Au Maroc, un berger achète un fusil pour protéger son troupeau. Ses fils, en testant l'arme, tirent dans un bus de tourisme et blessent une Américaine dont les enfants, restés en Californie, se font embarquer par leur nourrice dans un mariage au Mexique. Pendant ce temps, au Japon, la fille du premier propriétaire du fusil a de sérieux problèmes...
 
Tout çà pour aboutir à : comment une bonne idée peut être démolie par un scénario poreux fuyant de partout...
 
Partant du postulat de l'incommunicabilité de l'être humain, aussi bien dans sa langue que dans celle des autres, "Babel" était un film au potentiel énorme, d'autant plus qu'il regorge de moments magnifiques et qu'il est prétexte à une interprétation parfaite de la part de toute la distribution.
Seulement voilà, la déception est grande en sortant de la salle, tant les aléas de l'histoire sont totalement improbables et parfois franchement capilotractés.
Oui, ne vous y trompez pas, "Babel" est là pour vous tirer les larmes, de force s'il le faut.
Et entre la femme blessée se vidant de son sang sous les yeux impuissants de son mari, la nounou mexicaine paumée dans le désert avec les enfants, la famille marocaine pourchassée et la sourde-muette de Tokyo enfermée en elle même, la charge est lourde.
 
Très lourde.
 
Trop lourde.
 
A trop chercher le larmoyant et le dramatique, Alejandro Gonzales Innaritu démolit ce qu'il construit pourtant si bien à coup de scènes inutiles et outrées, jouant en défaveur d'autres qui sont de parfaites réussites. Ainsi la réconciliation entre Brad Pitt et Cate Blanchett et la scène dans la discothèque à Tokyo sont les perles de "Babel".
 
A l'origine, le film devait suivre 5 destins sur les 5 continents, idée finalement abandonnée par réalisateur et scénariste craignant de ne pas pouvoir créer d'empathie pour autant de personnages. Au final, 4 tableaux, cela fait encore un de trop. On se serait volontiers contenté de l'histoire du couple américain, des paysans marocains et du volet japonais pour articuler le propos.
Au final, c'est la portion tokyoïte qui est la plus réussie, non seulement grâce à Rinko Kikuchi, incroyable dans ce rôle de sourde-muette prisonnière de son handycap et surtout désespérement seule.
Et ce qui désole le plus, reste l'inutile, excessive et poussive partie mexicaine, pas crédible une seconde, un comble dans un film privilégiant le réalisme.
 
Alejandro Gonzales Innaritu aime, et on le sait, l'exagération dans le drame, la surenchère dans le poignant, mais ce trait de sa réalisation fait plus de mal à "Babel" que de bien. Et la résolution de la plupart des histoires en sonne d'autant plus faux (encore une fois, mis à part la partie japonaise) qu'elle parait artificielle.
Au lieu d'empathie pour la nourrice mexicaine, on en penserait presque qu'elle n'a pas volé ce qui lui arrive, parce que arrivé à ce niveau d'inconscience et de bêtises, on mérite de se faire sévèrement taper sur les doigts.
 
Sans être un film râté, "Babel" vaut par une réalisation magnifique, une direction d'acteurs (majoritairement non professionels) épatante, et une interprétation magistrale (Brad Pitt, quel acteur....Quand il veut se donner la peine...), mais concernant le message (les hommes y communiquent pas et sur la planète c'est le bordel), çà va, on connait déjà...
 
Note : ***
22 novembre

Borat.

 
Au fin fond de l'Europe Centrale, entre le Turkménistan, ce @%&$/!? d'Ouzhbékistan, s'étend la glorieuse nation Kazakh, première pour l'exploitation du potassium, première de toutes les nations du monde.
Vous en doutez ? Venez visiter Kusek, charmant village natal de Borat Sagdyeiv, grand reporter de la télévision que tous les kazakh connaissent pour être le commentateur du lâché du juif annuel et le héros d'un documentaire éducatif à l'échelle nationale aux US&A.
 
Attention, si "Borat" ressemble de prime abord à un délire organisé par les Jackass et Mickael Youn, il dépasse avec brio la simple potacherie en caméra cachée, grâce à un humour caustique, un sens inné de l'appuyage là où çà fait mal, et une facilité à mettre en relief les contradictions et les défauts de l'Amérique (et des autres aussi) déconcertante.
 
Loin de la simple accumulation de gags (bien réussis, qui plus est), "Borat" est une satire, décapante et extrême, d'une Amérique hypocrite, engoncée dans un sentiment de supériorité et d'impunité que donne la position de plus grande nation du monde (autoproclamée).
Le héros, Borat, est perdu dans ce monde où tout est gigantesque, excessif, où les valeurs sont à la fois inverses aux siennes mais aussi baffouées en toute impunité.
Et finalement, ce personnage d'innocent aux mains (archi) pleines sert de révélateur à ses interviewers : les féministes pas du tout ouvertes au dialogue, l'organisateur de rodéo homophobe réclamant la peine de mort pour les gays, les étudiants méprisant les femmes et prônant le retour de l'esclavage, ou encore l'armurier prêt à vendre sans sourciller un arme servant à se protéger des juifs...
 
Finalement, Borat, homophobe, raciste, antisémite affirmé nous parait moins dangeureux que ces hommes et femmes cachés derrière leur politiquement correct et leurs valeurs patriotiques (la scène du rodéo est glaçante et particulièrement fine).
Autre cheval de bataille du film, moins présent mais pas moins discret, l'antisémitisme, qui on l'imagine bien, touche Sacha Baron Cohen, auteur, réalisateur et acteur de "Borat". Le passage dans lequel le héros et son producteur se font loger chez un vieux couple dont ils découvrent par hasard la religion est sans doute le meilleur moment du film. La terreur et l'accumulation grotesque des clichés les pires que vous puissiez imaginer fait remarquablement mouche, surtout face à ces innocents et charmants retraités pleins de bonnes intentions.
 
"Borat" est, comme annoncé partout, l'un des films les plus drôles de l'année. Je vous conseille par contre, si c'est possible, d'essayer de le voir en VO, tout simplement parce que(c'est peut être à cause de mes oreilles en rideau aussi), on ne comprend pas très bien ce que dit Borat en VF, alors que son anglais Arafat passe très bien.
Bon en fait, je vous conseille surtout de le voir...
 
Note : ***
20 novembre

L'Evangile selon New Line.

 
Pour ceux qui aurait loupé les cours de cathé, Evangile signifie "bonne nouvelle".
 
Mais qu'elle est cette bonne nouvelle ? Hein ? Non, sans rire, c'est quoi ? Aller eueeeeeuuuuuh ! Dis le nooooouuuuus !!!!!!!!
 
Cà vient, bande de sagouins !
 
Pour ceux qui auraient envie de bien tout comprendre, je me permets, avant d'attaquer l'évangile, de faire un petit détour par la Genèse.
Au commencement, vers 1998-99, était le verbe d'une maison de production, New Line, qui décida de subvenir au projet un peu dingue d'un individu aux pieds nus et portant le short, tout droit sorti d'une île célèbre pour ses sportifs aux bras gros comme des poutres...
Cette maison de production attendit patiemment que le petit homme réalise non pas un mais trois films d'un coup (je vous disais bien que c'était fou) et en profita, une fois la dite trilogie ("du siiiiiiiiiiiiècle!!!!!!"...mazette!!!) pour s'en mettre plein les fouilles, suivant en cela les conseils d'un veul et vile serpent (forcement capitaliste le serpent).
Le va nu-pied, se sentant floué, décida alors que çà ne se passerait pas comme çà et colla un procès sur l'auguste postérieur de la maison de production afin de récupérer ses pépettes.
Tous deux se fachèrent à mort, se fut la discorde, le bazar intégral, et Dieu finit par dire qu'il en avait plein le dos et affligea ses brebis de quelques tares, histoires qu'elles retiennent bien la leçon.
New Line se retrouva condamnée à ne plus jamais travailler avec la poule aux oeufs d'or qu'était le petit homme, et le petit homme prit soudain conscience de la nudité de ses pieds, ressenti la honte et remit des chaussures. Merci pour lui.
 
Je saute allègrement l'Ancien Testament, où il est question de règne de gloire pour la maison de production qui enchaîna les projets pharaoniques en rigolant bien du petit homme qui pendant ce temps, attaquait un gorille géant à la fronde, pour finir par lui coller un vilain caillou entre les yeux...
Bref...
 
Dans le dernier livre de l'Ancien Testament, il est dit que le petit homme souhaita que les deux partis se réconcilient.
Alors, il proposa à la maison de production d'adapter encore un livre, racontant l'histoire de ce qui se passe avant la trilogie réalisée pendant la Genèse (pendant ce temps, Dieu rigolait, parce que çà le faisait penser à ce que George Lucas avait fait avec Star Wars).
Mais comme le petit homme était prudent, et toujours un peu faché, il avait aussi proposé la même chose à une autre maison de production qui s'apelle la MGM...
Le dernier livre se terminait ainsi, sur cette terrible incertitude...
 
Et voici que le Nouveau Testament s'ouvre sur l'Evangile selon New Line, toujours propriétaire des droits d'adaptation de Bilbo le Hobbit (oui, si vous aviez du mal à suivre depuis le début, en fait, c'est ce çà qu'on parle...).
Puisque le procès que lui a intenté Peter Jackson n'est pas fini et que celui ci ne veut pas travailler avec eux jusque là, les gens de New Line ont décidé de dire zut à notre ami en short et de lancer le projet sans lui. Pendant ce temps, Peter Jackson passe des mouchoirs à la MGM, et les tolkiendili de tout poil chantent des alleluia et des gloria....
 
Oui, la chose est fait et officielle, Bilbo le Hobbit se fera bien, mais sans PJ....Arf, le camouflet ! Gniark, la claque!
 
OH LA GROSSE BOULETTE !!!!!
 
Ben oui, je ne croyais jamais avoir à dire çà un jour, mais je préfèrais encore Peter Jackson à l'incertitude. Oui, avec mister Gros Bill, je savais à quoi m'attendre : nains roteurs et pêteurs trochés jour à nuit à la bière, Gandalf berserk, Arwen pleurnicharde miaulant un elfique de cuisine entre deux feulements enamourés et trois battements de cils... Yeurk....
Mais cette salade, je la connais déjà, j'avais même affuté mes lames à l'avance, histoire de ne pas louper l'autre escroc au bond.
Et la salade, si elle est totalement foireuse et indigeste, n'en était pas moins jolie à l'oeil.
On dira ce que l'on voudra, visuellement, Le Seigneur des Anneaux, ce n'est pas de la rigolade, du moins pas tout le temps (je passe volontairement sur l'armée des morts, les elfes, et autres coquilles bien moins graves que les Aragorn décapitant un émissaire aveugle et désarmé, ou les Gandalf flanquant Denethor au feu...). Même si il n'a pas été fichu capable, lui et sa doublette de scenaristes, de comprendre les tenants et les aboutissants d'un bouquin, Peter Jackson maîtrise néanmoins cet univers, ne serait ce que dans la forme.
 
Et oui, on aime sa Comté et c'est elle que l'on a envie de revoir, pas celle d'une autre, qui souffrira automatiquement de la comparaison.
 
Et puis je vais vous dire. Ce film sera un bide, d'office. Une production médiocre de la part de Peter Jackson aurait été immédiatement taxée de chef d'oeuvre absolu, quand bien même, à l'instar de King Kong, elle serait une pétarade creuse mais trop décorée que l'on s'en rende compte, de toute façon, on n'a plus le droit de dire que ces films sont plein de vent et qu'il est un réalisateur très superficiel (j'en connais une autre dont on peut dire çà... "C'est jouli !" ).
Un bon film de la part d'un remplaçant, se sera forcement "ouais, mais PJ, il aurait carrement fait mieux...Ouh ! c'est pas bien, il est nul, pourquoi les nains ils rotent pas ?" (je lis déjà ces futurs messages sur les forums d'Elbakin).
 
Bref, Bilbo au cinéma ? Ce sera le dernier chapitre, l'Apocalypse...
 

Reflets d'Acide.

 
Il était une fois, un aventurier
nommé Wrandrall, à la trouble hérédité,
qui se mit en quête d'une troupe d'aventuriers,
afin de se rendre enquêter,
dans un sombre donjon certainement hanté.
 
Si ce petit résumé poétique vous rappelle de vieilles parties autour d'un paquet de chips et d'une bouteille de coca, scotché sur la table à pas d'heure en train d'écouter un gus planqué derrière un morceau de carton peinturluré qu'il appelle pompeusement "écran", vous raconter des tas de choses à base de nains, de gnomes, d'épées magiques et quêtes auxquelles vous ne pigez plus grand chose depuis 2heures du matin ("mais si on n'avance pas, c'est la faute de l'elfe!"), alors Reflets d'Acide est fait pour vous.
 
Saga MP3 qui puisa son inspiration dans les aventures du Donjon de Naheulbeuk, Reflets d'Acide prend ses racines dans l'univers du jeu de rôle Reflet d'Acier, bricolé de toute pièce par des rôlistes motivés (car il en faut de la motivation pour ce genre de chose). En écoutant les épisodes concoctés par PoC (Pen of Chaos, le papa de Naheulbeuk, pour les deux qui décidement, ne suivent jamais dans le fond...), voilà que JBX (le papa de Reflets, vous suivez toujours ? ) se dit "et pourquoi pas moi, hein ?".
Des nuits blanches et de longues heures de bricolage plus tard, le premier épisode naissait, ainé d'une longue lignée de 11 délires feuilletonnants.
 
Si dans un premier temps, Reflets ne ressemble pas à grand chose, force est de constater que l'usage fréquent de références à des livres, films, jeux de rôle et autre fait mouche. Doublé d'une vraie bonne plume, l'auteur accompagne les tribulations de ses héros de jeux de mots de bon aloi mais aussi et surtout, le temps passant, de dialogues systématiquement versifiés, ce qui donne à l'ensemble un côté exercice de style tordant et pas déplaisant.
A mesure que l'histoire progresse, l'intrigue se complexifie, pour le plus grand bonheur de l'auditeur qui se demandait vraiment au départ où tout cela allait le mener.
 
Autre force, on retrouve ici les fondamentaux du médiéval fantastic. Le couple elfe-nain fonctionne à merveille, ce dernier est un archétype de sa race (les trois B du nain Bière-Blé-Bedaine), le héros est un rien trouaillard (çà c'est le côté Naheulbeuk qui ressort) et on nous offre même un dragon en prime ("Mort de masse ! C'est mon sort favori!"), ainsi que des créatures inédites que je vous laisse découvrir.
 
Mais alors que les premiers épisodes semblaient un peu s'enliser, voici que l'auteur eut une idée de génie.
Sortant de nulle part,
déboulant dans l'histoire à grand coup de boutoir,
le céleste envoyé des cieux,
j'ai nommé le clerc Trichelieu.
 
Tricheulieu est incontestablement la grande trouvaille de Reflets d'Acide. Adepte du cul-te de Trivia, une déesse dont on se sait pas trop à quoi elle sert (et en fait, on ne préfère pas savoir), Trichelieu est un prêtre d'un genre particulier, maîtrisant globalement mieux le sous entendu et les phrases à double entrée que les sorts de soin. Les tricheuliades deviennent peu à peu légion, running gag comme on dit, que l'on attend à chaque fin de phrase. Celle ci prennent d'ailleurs toute leur saveur avec la versification des dialogues puisque l'on s'attend souvent à une chute qui sera en fait tout autre (ce n'est pas sans rapeller la chanson "Elle est partie", de Knarff, créateur de la saga MP3 "Les Aventuriers du Survivaure", que je ne saurais que trop vous conseiller).
 
Là où Naheulbeuk peine en ce moment un peu (emploi du temps de PoC trop chargé sans doute pour lui permettre de se poser tranquille devant son écran et de pondre les excellents scénario du début) à tenir sur la durée, Reflet réalise l'inverse, avec un démarrage mi figue mi raisin, mais un virage à mis parcours parfaitement négocié.
 
Alors, ben quoi ? Vous êtes encore là ? Vous n'êtes pas en train de télécharger (gratuitement) les 11 épisodes ? Ah oui, c'est vrai, je ne vous ai pas donné l'adresse :
Allez ensuite dans "saga MP3".
 
Merci à la Tsarévitch pour m'avoir fait découvrir ce petit bijou sur son blog !
15 novembre

Prête moi ta main.

 
Célibataire de 43 ans (et il y tient) ultra endurci, Luis n'a en dehors de son boulot, que sa famille, où, pauvre de lui, il est le seul homme. Entre sa mère, ses soeurs, ses nièces, qui ont toutes une légère tendance dictatoriale, notre héros est bien à plaindre. Adepte de démocratie participative sur le mode de la désignation de volontaire, la matriarche décrète un beau jour qu'il est temps pour Luis de se marier. Commence alors un défilé de prétendantes choisies par la cohorte des frangines qu'il refuse une à une. Car non, non, et re non, Luis ne veut pas se marier, mais alors là pas du tout... Pour se débarasser de l'obsession de sa famille, il monte alors un plan machiavélique consistant à louer une jeune femme qui jouera le rôle de fiancée modéle, avant de l'abandonner devant l'autel le jour du mariage.
 
Habituellement, les comédies romantiques ne sont pas franchement ma tasse de thé. Mis à part des "Quatre mariages et un enterrement", "Coup de foudre à Notting Hill", ou encore "Pretty Woman" qui passe à peu près bien (mais pas complètement à cause de Richard Gere), j'ai du mal à digérer un genre que d'un, je trouve nunuche, sirupeux et convenu, deux, visiblement, vu les références citées ne me plait que lorsqu'il y a Hugh Grant (pour qui je n'ai aucune affection particulière, alors vous voudrez bien m'expliquer cela, merci...). A si, j'adore la version BBC de "Orgueil et Préjugés", mais j'ai déjà du le dire quelque part...
 
 
Alors, "Prête moi ta main", sans que j'aille cracher dans la soupe dès le départ, je ne m'attendais pas forcement à quelque chose de sensationnel, encore que j'aime beaucoup et Alain Chabat et Charlotte Gainsbourg, mes deux raisons d'aller voir ce film.
Alors oui, sans eux, l'ensemble aurait sans doute moins de saveur, parce que Chabat est un excellent comédien au registre étendu, capable de tout et aussi de n'importe quoi (l'école des Nuls çà...), parce que Gainsbourg sort complètement de son registre habituel avec ce rôle de fille vulgos et vénale.
Sans un scénario vraiment bien écrit, "Prête moi ta main" aurait sans doute aussi été un échec, mais il faut reconnaître qu'entre l'histoire, certes simple mais efficace, et les personnages très bien écrit formant une galerie de caractères vraiment sympathique, le film se rend tout d'un coup capable de se hisser au niveau des modèles d'Outre Atlantique, producteurs des références du genre.
 
Très souvent drôle, fin, agréable, léger, "Prête moi ta main" rentre dans son cahier des charges avec ce petit plus qui fait toute la différence, le charme.
 
Note : ***

Baldur's Gate : The Throne of Bhaal.

 
Après le merveilleux Baldur's Gate et le grandiose Baldur's Gate II, Bioware se devait de clore la trilogie en beauté. On attendait donc dans nos rêves les plus fous, un troisième jeu où notre héros, désormais surpuissant, allait devoir affronter son destin.
Il est dommage que la série se clôture sur ce minable add on qu'est Throne of Bhaal, indigne d'un jeu tel que Baldur's Gate. Simple extension de Shadows of Amn, ce dernier volet déçoit par ses chiches 3 chapitres (contre les 7 du jeu précédent) et par son gros billisme décomplexé qui force le joueur à dégommer pas moins du deux dragons en trois combats dans l'un des donjons...La faute aussi à un scénario trop linéaire qui vous pousse à tuer à tour de bras toute une bande de demis dieux comme vous (car oui, vous êtes un demi dieu...rassurez vous, je ne vous dévoile pas non plus tout le mystère, y'en a encore de bonnes à apprendre), et qui fait du combat final un marathon épuisant après lequel vous êtes chichement récompensé par une cinématique jolie mais sans plus, contrebalancée heureusement par les épilogues personnalisés de tous vos compagnons d'aventure (et çà, c'est vraiment une très bonne idée.).
 
Avec la même équipe qu'à la fin de BGII, vous quittez la cité des elfes de Suldanessalar après un repos bien mérité, tout çà parce qu'une bande de petits malins s'amuse à bordéliser les royaumes du Thétyr et de Calimshan. Prenant votre courage et votre épée à deux mains, vous vous rendez donc encore un peu plus au sud pour y affronter les armées des Enfants de Bhaal, conformément à ce qui était annoncé dans la prophétie d'Alaundo. Cependant, à mesure que vous avancez, vous vous interrogez sur votre place dans tout çà. Etez vous vraiment destiné à créer le Chaos ?
 
Dans ce dernier volet de la saga, vous voilà donc confronté à vos frères et soeurs mais aussi quelque part à vous même et à vos choix. Dans cette optique, les relations que vous entretenez avec vos compagnons sont plus importantes que jamais, car elles détermineront vos actes lorsque votre destin touchera à sa fin. Si le côté drame psychologique est plutôt (mais courtement) bien mené, le reste laisse franchement à désirer. Il existe certes des morceaux de bravoure comme la cité assiégée de Saradush et les bombardements incessants dont il faut se prémunir, le sanctuaire des géants du feu, et les épreuves dans l'antichambre, mais l'ensemble manque singulièrement de saveur et au final, disons le, ennuie.
L'histoire est farcie de facilités scénaristiques, comme la création de l'antichambre évoquée plus haut, plan astral du dieu Bhaal et qui nous est gracieusement alloué pour aller s'y reposer ou enrôler des PNJ du jeu précédent (on ne peut pas enrôler de nouveau personnage dans Throne of Bhaal), se faire fabriquer des objets magiques par le diablotin qui habite les lieux...Bref, pas grand chose de nouveau sous le soleil d'un jeu qui s'épuise, la faute à la toute puissance du personnage principal et de ses compagnons. Leurs pouvoirs sont maintenant ceux de demi dieux qui bouffent du dragon au petit déjeuner et désintègrent les liches d'une pichenette.
Le jeu aurait davantage gagné à developper les tourments du héros à travers les épreuves que son guide spirituel (un gros machin bleu ultra moche) lui impose, au lieu d'en faire toujours plus dans l'action et les combats.
 
On finit donc Throne of Bhaal un peu déçu, mais en même temps content d'avoir achevé le destin d'un petit personnage que l'on suit depuis son départ de Chateau Suif et que l'on a vu trembler devant un grouilleux malade alors qu'il se baladait avec une besantine et un couteau dans la forêt (l'inconscient), ce même petit personnage qui aujourd'hui ressemble à un char d'assaut tout bardé de métal et qui rivalise avec les dieux. Pour un peu, on écraserait presque une larme lorsque le livre de sa légende se referme enfin.
12 novembre

Mémoire de nos pères.

 
Grand monsieur de cinéma américain, Clint Eastwood prouve à nouveau, avec son dernier film, combien il est indispensable.
En s'emparant d'un sujet potentielement casse gueule parce que enclin à une débauche de lacrimoseries patriotique sur fond de bannière étoilée flottant au vent pendant que les soldats japonais se font des suchis de leurs officiers supérieurs en plein sepuku, Eastwood fait un film étrangement intimiste et juste, doublé d'une réflexion sur la guerre et le soldat dont la finesse ne se croise pas tous les jours dans une salle obscure.
 
Malgré un classicisme chevillé à la caméra, le réalisateur brode un film étonnant, sans doute sauvé par un mode de narration très décousu donnant du rythme à cette histoire linéaire et qui aurait sans doute fini par s'enliser dans le récit de la bataille d'Iwo Jima et les vicissitudes des soldats envoyés récolter des dollars au pays.
 
Le postulat de départ est fort simple. Tout part d'un instant T, le moment où la fameuse photo est prise en haut du volcan, peu avant qu'elle ne traverse les Etats Unis et devienne le symbole de la victoire sur le Japon. Un simple évènement, d'où découle toute l'intrigue et toutes les problématiques du scénario (Paul Haggis frappe encore un très grand coup).
On suit donc l'histoire entourant celle ci et l'affaire du remplacement de drapeau, tout comme l'on colle aux pas des soldats qui l'ont plantée, morts pour la plupart, puis aux traces de ceux qui rentrent au pays pour promouvoir la guerre dans le Pacifique.
Esquissés avec grâce, les rapports humains et l'importance de ceux ci dans le moral et les motivations des soldats au combat, sont assurément le tour de force de ce film qui, chose rare, sait s'arrêter sur les hommes, tout en prenant la main du spectateur pour lui expliquer une chose qu'il ne peut, en général (ceux qui ont fait la guerre ici, levez la main), appréhender seul. Sans doute un peu didactique, mais dans le fond nécessaire, Mémoire de Nos Pères n'hésite pas non plus à écorner le mythique américain par le biais de quelques scènes efficaces comme la chute à la mer d'un soldat que les bateaux n'iront jamais chercher , ou encore la reconstitution dans le stade du planté de drapeau, représentée au milieu de combats qui n'ont jamais eu lieu.
 
Cette histoire, remarquablement bien écrite et filmée est secondée par une brochette d'acteurs s'attelant avec talent à une galerie de portraits forts et bien brossés, étalant une panoplie de seconds rôles encadrant les personnages principaux peut être un peu fades, mis à part celui de Ira, le soldat indien dont les états d'âme et le destin bouleversent.
 
Encore donc un excellent film pour Mr. Eastwood, même si on regrette sa mise en scène souvent trop lisse et le manque d'ampleur de l'ensemble, même si celui ci s'explique justement par l'angle de réflexion qui ne pouvait admettre de grandes envolées lyriques.
On attend donc avec grande impatience le mois de janvier et ses Lettres d'Iwo Jima mettant en scène la bataille cette fois du côté japonais, avec Ken Watanabe en général étripé... Gasp...
 
Note : ***
9 novembre

Prison Break.

 
Des gens au passé trouble contraints de cohabiter tous ensemble, voir de collaborer pour s'en sortir, comme dans LOST.
Un complot retord et vicelard à déjouer en un temps record, comme dans 24 heures Chrono.
 
Collez moi tout çà dans une prison et ajoutez, pour la saveur, des intrigues sentimentales et un plaidoyer anti peine de mort.
 
Et voilà, vous obtenez une série presque parfaite.
 
Oui, Prison Break a une tendance lourde à repousser les limites de ce que l'on croyait connaître à la télévision. Oui, à la fin de chacun des 22 épisodes de la saison 1, le spectateur à une légère tendance à se retrouver agité de spasmes et à s'agripper à son canapé en miaulant : "Non ! Cà ne peut pas se terminer comme çà !"
LOST à côté ? Bah, une rigolade pour moins de douze ans.
 
Mais tout d'abord, pour tous ceux qui auraient loupé l'évènement, un petit résumé :
Lincoln Burrows a été jugé coupable du meurtre du frère de la vice présidente des Etats Unis. Condamné à mort, il est incarcéré au pénitencier de Fox River dans l'attente de son exécution. Mais Lincoln a toujours clamé son innocence et son frère, Mickael Scofield, ne peut supporter de rester là sans rien faire. Puisque tous les recours légaux ont échoué, Mickael décide de monter un plan d'évasion aussi ambitieux qu'hasardeux. Après avoir fait tatouer le plan de la prison sur son torse et son dos, il commet un hold-up et se fait emprisonner dans le même pénitencier que Lincoln.
Reste maintenant à poser un à un les jalons d'un plan machiavélique et complexe, tout en jonglant avec les luttes de pouvoir parmi les détenus...
 
Après une inquiétude légitime sur la capacité de la série à durer 22 épisodes, on se laisse très vite vriller à son siège, tant le scénario est bien mené. Pas un instant de repos pour le pauvre Mickael, dont les nerfs sont soumis à rude épreuve. L'homme qui ne dort jamais monte et remonte sans relâche les plus petites parcelles d'un plan totalement fou mais terriblement bien construit tout cela pour sauver la vie de son frère, animé par une volonté, un espoir, et, on le découvrira dans l'épisode 16, un sentiment de culpabilité dévorant.
 
Si la série se concentre sur le personnage de Mickael et sa carte IGN pectorale, elle n'oublie pas quelques échappées belles, permettant de souffler et donnant une dimension nouvelle à l'histoire. Ainsi on ne passionera également pour la quête de vérité de Veronica, l'avocate des deux frères, aux prises avec de dangereux agents à la solde d'une vice présidente décidée à faire payer Lincoln au centuple, mais on compatira aussi aux malheurs de la toujours tristoune docteur Tancredi, ex junkie, fille du gouverneur avec lequel elle entretient des rapports plutôt froids et qui travaille comme médecin au pénitencier de Fox River.
 
Afin de rallonger la sauce, l'épisode 16, particulièrement reposant pour les nerfs, propose un flash back débutant trois ans avant l'incarcération de Mickael et revenant sur les circonstances qui ont mené tous les personnages principaux où ils en sont aujourd'hui. Avec les épisodes 14 et 15, celui ci renforce encore l'attachement que l'on peut avoir pour les deux frères, véritable moteur d'une série qui si elle est riche en testostérone, n'oublie pas la fibre sensible.
 
Côté casting, on retrouve avec plaisir Dominic Purcell dans le rôle de Lincoln, après l'arrêt brutal de la pourtant prometteuse John Doe, et on découvre avec non moins de bonheur Wentworth "Si vous arrivez à prononcer mon prénom je vous paye des prunes" Miller, alias Mickael, qui dépasse sans problème son statut bêta de beau gosse du programme pour s'imposer comme un acteur de grande classe. Le reste de la distribution est à l'avenant, bigarrée et brillante, avec un véritable casting de gueule, qui sied parfaitement à l'univers carcéral.
 
Après une fin de saison qui nous aura tous plongé dans un état de stress et de délire total, il nous faudra attendre un an avant de découvrir la saison 2, en croisant très fort les doigts pour que celle ci tienne les promesses de la première.
En tout cas, sur 22 épisodes, un sans faute, chose très rare dans les séries télévisées, où même les meilleures souffrent de baisses de régime. Point de cela ici. Du grand art... 
 
Note : ****
 
8 novembre

Le Labyrinthe de Pan.

 
Décidement, le conte en ce moment se porte bien. Après La Jeune Fille de l'Eau, injustement descendue par la critique, voici donc Le Labyrinthe de Pan, de Guillermo del Toro. Rôdé au fantastique, le réalisateur de Blade et Hellboy livre ici une oeuvre majeure, riche et fascinante, d'une beauté redoutable.
 
Ofélia quitte pour la première fois la ville pour la compagne, en 1944. Elle part avec sa mère rejoindre le nouveau mari de celle ci, le capitaine Vidal, dans un avant poste en forêt où lui et ses hommes traquent des résistants au régime franquiste. Un soir, guidée par une fée, Ofélia pénètre dans un labyrinthe non loin de la maison.Celui ci la mène à un faune qui va lui révéler ses origines et lui imposer une série d'épreuves.
 
A cheval entre deux mondes, Le Labyrinthe de Pan se construit comme un jeu de miroir, un écho, qui donne aux aventures d'Ofélia une ambiguité dérangeante. Cette enfant, abreuvée de contes ne s'invente t'elle pas toute cette histoire de faune de et d'épreuves pour oublier la vie réelle dure et violente ? Ne se protège t'elle pas de l'horreur extérieure dans son propre théatre de monstres ? Difficile de ne pas douter face à la puissante symbolique qui nimbe tout le film.
Ofélia ne veut pas grandir, elle ne veut pas voir ce qui se passe dehors, les combats, les tortures, elle s'effraie de ce père qu'on lui impose (Sergi Lopez, grandiose) et va donc s'en créer un autre, inventant les épreuves à mesure que la vie réelle lui en soumet de nouvelles.
 
Le trouble est mis dans les esprits dès la première image, indusant que c'est Ofélia qui se souvient de l'histoire et qui nous la racontera jusqu'au bout. Le final lui aussi amène à douter de la véracité de cette histoire.
 
Là où Guillermo del Toro est sans doute plus subtil que Shyamalan c'est qu'il ne tente pas de nous expliquer comment fonctionne un conte, mais plutôt comment celui ci nait. De la guerrilla autour de la maison et de la maladie de sa mère, Ofélia tire son récit, tout comme Le Petit Poucet n'aurait jamais vu le jour sans le petit âge glaciaire sous le règne de Louis XIV et la famine qu'il généra, ou tout comme Mary Shelley écrivit Frankenstein après l'année sans été de 1816.
Ainsi sans le Labyrinthe de Pan, le parallèle entre les actions des franquistes et les aventures d'Ofélia est absolument nécessaire pour comprendre ce mécanisme de création.
Loin de privilégier le monde d'Ofélia, le film sait s'attarder sur chaque personnage, entre Mercedes la servante qui est une sorte de double plus âgé de la petite fille et dont celle ci s'inspire en partie dans ses propres aventures, le capitaine Vidal dont le personnage n'est pas aussi monolithique qu'il n'y parait, puisqu'il déteste dans le fond ce qu'il est, le médecin, la mère (une Carmen qui a réussit à se faire épouser pas un militaire...il n'y a pas de hasard).
 
Avec son esthétique glauque se mariant parfaitement avec l'ambiance dans laquelle baigne Ofélia, le Labyrinthe de Pan est un spectacle visuellement splendide servant avec force l'histoire de cette création d'un conte non pas mise à nue mais évoquée avec finesse, richesse, et une ambiguité renforçant encore la magie.
 
Note : ***

Scoop.

 
Avec la régularité d'un métronome, Woody Allen nous livre tous les ans son nouveau film, plus ou moins réussi. On se souviendra du formidable Match Point, Entonnoir du meilleur film l'année dernière, où le new yorkais s'exilait à Londres et s'offrait l'une des perles de sa filmographie.
Pourquoi changer une équipe qui gagne ? Sans doute pour se reposer de son chef d'oeuvre, Woody Allen nous offre cette fois une comédie, toujours à Londres, toujours avec Scarlett Johanson, et, comme une fois sur deux, avec lui même.
 
Sondra est une journaliste en herbe et surtout en vacances à Londres où sévit le mystérieux tueur au tarot qui n'assassine que des jeunes femmes brunes aux cheveux courts, laissant près de leurs corps une carte en guise de signature. Un soir qu'elle assiste à un spectacle de magie, Sondra est désignée volontaire pour se faire enfermer dans une boite magique. Alors que le magicien fait son numéro, Sondra voit brutalement apparaître un homme à ses côtés, qui lui glisse connaître d'identité du serial killer. A elle de se débrouiller maintenant pour le confondre...
 
Sur un postulat complètement délirant, avec des dialogues aux petits oignons, des acteurs qui se font visiblement plaisir, et un Woody Allen déchainé, Scoop est une formidable comédie pleine de charme et de fantaisie à déguster bien chaud.
Un excellent petit Woody Allen...
 
Note : ***
6 novembre

Azur et Asmar.

 
A l'heure ou des John Lasseter repoussent les limites de l'animation en nous livrant des Cars absolument déments, il y a encore des types comme Michel Ocelot qui réalisent en 2D, avec des personnages plats aux traits outrés, affranchis de tout réalisme.
 
Et sincèrement, à la vue de Azur et Asmar, on peut mettre au rencart pas mal des productions américaines de ces dernières années.
 
Depuis Kirikou, ce n'est un secret pour personne Ocelot sait y faire. Dessin luxuriant et chamarré (;) , scénario travaillé sachant rester à la portée des enfants sans les prendre pour des êtres unicellulaires. Bref de la belle ouvrage à l'ancienne.
 
Azur et Asmar s'inscrit parfaitement dans cette lignée, avec en plus, une richesse graphique renversante, propice à un émerveillement de tous les instants.
 
Azur est un jeune prince dont la mère est morte à sa naissance. Elevé par une nourrice étrangère, il grandit avec le fils de celle ci, Asmar, avec lequel il entretient des rapports d'amour et de rivalité bonne enfant, dont l'enjeu principal est de savoir lequel des deux épousera la fée des Djinns quand ils seront grands. Un jour, Azur est confié à un précepteur de la ville et sa nourrice est chassée du royaume.
Devenu grand, le jeune prince décide de traverser la mer pour le pays de la fée des Djinns. Son arrivée sur place se passe plutôt mal car Azur est bientôt montré du doigts à cause de ses yeux bleux, signe de malédiction dans ce pays. Pour continuer son voyage, le prince décide de se faire passer pour un aveugle, subterfuge qui lui permet de faire la connaissance de Crapou, un mendiant lui aussi étranger et un rien xénophobe...
 
Si Azur et Asmar a des allures de contes initiatiques, avec son lot de monstres à vaincre et d'épreuves à surmonter, il trouve toute sa richesse dans sa leçon sur nos rapports face à l'étranger et sur la complexité des personnages, dont la plupart sont plus ou moins ambigues.
En tête, l'enigmatique Crapou, le mendiant crachant sur tout ce que peut produire son pays d'adoption mais restant malgré tout fasciné par son peuple qui l'accueille et le fait vivre. A l'envers, Crapou est le reflet de l'intégration pas franchement réussie mais pas non plus ratée (il est totalement bilingue et très à l'aise avec la culture orientale), donc totalement ambigue.
Asmar, chassé enfant de royaume d'Azur ne peut oublier cette injustice et son humiliation, tout en continuant à chérir en lui le souvenir de la langue du pays de son enfance et de son frère de lait. Asmar est aussi celui qui s'il est né dans le royaume du nord, ne peut se résoudre à croire qu'il en fait partie, répétant à l'envie que ce n'est pas son pays, tout simplement parce que les autres lui font trop souvent remarquer qu'il n'est pas comme eux.
 
Azur porte dans la première partie de son périple une très belle allégorie du déraciné, assez explicite en elle même. Ses yeux bleus étant considérés comme maudits, il décide de faire passer pour un aveugle. Ainsi, privé de la vue en terre étrangère, il ne voit rien, ne comprend pas grand chose, et se laisse guider par le discours méprisant de Crapou, jusqu'au moment où il ouvrira les yeux sur ce nouveau monde et en découvrira toute la luxuriance et tous les charmes. Parce qu'il n'est pas accepté tel qu'il est dans son nouveau pays, il doit s'amputer d'une part de lui même, ce qui ne lui permet plus de voir le monde comme il le devrait.
 
La dernière force d' Azur et Asmar est sans doute dans son originalité à revenir aux fondamentaux du conte. Si les productions Disney et autres Pixar et Cie ont depuis longtemps privilégié les films à double niveaux de lecture, un pour les parents, l'autre pour les enfants (d'où un humour souvent foireux), Michel Ocelot en prend totalement le contre pied en servant une histoire que chacun comprendra, assortie d'un message universel.
 
Assurement une bouffée de fraîcheur dans la masse des productions actuelles (genre Les Rebelles de la Forêt), doublée d'une superbe réussite visuelle.
 
Note : ***
1 novembre

"Ne le dis à personne".

 
Tentant, très tentant de prendre au mot le titre du film en sortant de la salle. Non pas que "Ne le dis à personne" soit mauvais, loin de là, mais il faut tout de même reconnaitre qu'il est particulièrement surestimé par la presse.
 
Bien sûr, ce film est pétri de qualités, à commencer par celle d'une réalisation qui ne s'épargne rien, et que l'on sent passionnée d'un bout à l'autre. Bien sûr, le casting est prestigieux, François Cluzet y est même prodigieux. Bien sûr la galeire des personnages est enthousiasmante et pleine de charme...
 
Bien sûr...
 
Il n'empêche que ce film laisse un arrière goût de je ne sais quoi qui l'empêche totalement de décoller. Manque d'ampleur peut être, sans doute la faute à Guillaume Canet qui s'acharne à coller au terre à terre alors qu'il tient l'instant magique au bout de sa pellicule, et qui ne laisse pas à "Ne le dis à personne" le choix d'être tout de même un grand film malade, vu la qualité du travail abattu.
 
On reste au final mal à l'aise pour critiquer ce film bien fait, bien joué, bien mené, mais qui ne satisfera très bien d'une location DVD ou d'une soirée ciné du dimanche soir (ah non, c'est vrai, il n'y a plus de film le dimanche soir...).
 
Il reste cependant cette certitude, Guillaume Canet doit continuer à réaliser. Impérativement. "Ne le dis à personne" n'est jamais que son second film, mais il est plein de bonnes choses qui n'attendent que la maturité pour exploser.
 
Note : **