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24 mars

La Môme.

 

N’en jetez plus, la coupe est pleine.

Au terme de la vie d’Edith Piaf, un constat s’impose : Et ben l’en a bavé des ronds de serviettes la môme !

Enfin çà, c’est ce que veut bien vous dire le film d’Olivier Dahan, biopic à l’américaine de LA chanteuse française par excellence. Forcément, quelque part, çà coince.

Commençons donc par la vie de la pauvre petite Edith, ballottée dans les rues de Belleville par sa chanteuse de mère indigne à l’improbable accent de racaille du neuf trois, puis expédiée par son paternel contorsionniste dans un bordel (pas de bol) en Normandie (la poisse) tenu par sa grand-mère maquerelle (quelle famille).

Là, comme si on n’avait pas déjà touché le fond de la misère, arrive le grand malheur :

« Non, rien de rien,

Non, Edith ne voit plus rien !!! »

Sortie du lupanar par son père et sauvée de la cécité par une sainte Thérèse de l’Enfant Jésus qui lui apparaît dans le souffle d’un cracheur de feu (sang blague), Didith continue son bonhomme de chemin avec son papa en chantant la Marseillaise dans les rues de Paris : Ségo et Sarko devraient songer à l’embaucher. +10 dans les sondages garantis.

Et çà continue, continue, continue, entre les premiers pas vers la gloire, la cocaïne, la morphine, la bibine et des tas de trucs en –ine dont Edith use et abuse dans une vie pitoyablement décadente. Chouette, c’est encore plus fort que Ray Charles.

« Et pendant que Cerdan la prend dans ses bras,

Qu’il lui parle tout bas,

Elle boit la vie en rouge,

Oups, voit la vie en rose », enfin, on ne sait plus trop au final, puisque le scénario ne cesse de nous catapulter d’une soirée cuite à une autre, à vingt ans de distance, le tout sans vraiment de fil conducteur.

Et c’est bien là le problème de « La Môme », un script qui fait aussi tâche que le gros rouge allègrement descendu par l'héroïne, ne suivant aucun fil chronologique, sans doute pour donner au spectateur l’impression qu’il doit bien réfléchir pour tout comprendre à des subtilités non existantes, au risque de laisser en rade des pans entiers de l’histoire, qui nous auraient bien éclairés sur la psychologie du personnage (le rapport avec sa mère, l’enfant dont on découvre l’existence pendant une minute top chrono en fin de métrage, l’histoire avec Cerdan, expédiée en quelques séquences...).

Autre soucis de taille : Marion Cotillard.

On va me dire que je suis de parti pris avec cette "actrice", mais il faut bien le reconnaître, la donzelle n’a jamais été correcte que dans le rôle de Tina Lombardi dans « Un Long Dimanche de Fiançailles », ou encore dans « Dikkenek », où on lui demandait de faire ce qu’elle a de mieux en magasin, à savoir surjouer.

Du coup, bien planquée sous un maquillage que l’on ne saurait qualifier autrement que de prodigieux, elle caricature la gestuelle de la môme jusqu’à plus soif.

A trop vouloir être Edith, Marion n’est que Cotillard singeant Piaf, ce qui est à la fois bien réussi, bien joli, mais manquant cruellement d’épaisseur. 

La fameuse scène de la mort de Cerdan est emblématique de cet échec. Une première partie, excellente, du plan séquence, suit Piaf, filmée de loin (Marion Cotillard n’est jamais aussi bonne que lorsqu’on la filme de loin…), parcourant l’appartement. Puis on lui annonce qu’il y a eut un accident, et là tout bascule, la faute à « Maaaaaarceeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeel !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! », suivit d’un moment d’anthologie digne des grandes heures du mime Marceau ( et que je gesticule, ah lala, je souffre, mon dieu quelle horreur, ah oui, zut, ma chanson…).

La déception est donc à la hauteur des bonnes intentions placées dans ce film (Olivier Dahan est un type pétri de bonnes intentions, regardez son « Petit Poucet », on y croyait presque, sur le papier), alors que le film n’est lui jamais à la hauteur du mythe. Et c’est bien dommage.

On sort de la salle sans la réponse à la question « Qui était Edith Piaf ? »

Pas mal, pour une biographie…

Note : ** (parce qu’il y a tout de même un bel effort, et que Jean Pierre Martins, fait un superbe mais trop court Cerdan).